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... Lunghwa ...

LE SOIR


SAM. 25 ET DIM. 26 JANVIER 1992
DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

Les prisonniers politiques durant la guerre 40-45.

Cinquante ans après, les crautés infligées à un père, une mère et un fils adolescent ont laissé des souvenirs toujours vifs et amers.

Léon de Kesel, fils du secrétaire général du consulat de Belgique à Batavia (aujourd'hui Djakarta) avait 13 ans lorsque, avec ses parents, il fut interné dans un camp par les Japonais, envahisseurs de l'Indonésie, en mars 1942. Son père, qui connaissait la langue locale (le malais), refusa une proposition japonaise de travail et fut consigné à son domicile. Dénoncé par une voisine allemande pour avoir rendu visite à des Suédois, il fut envoyé au camp de Tjimahi. Sa femme et son fils seront bientôt relégués au camp de Malang. Le secrétaire général du consulat mourra d'épuisement durant sa détention. La mère et le fils obtiendront le titre de prisonnier politique pour avoir, avant leur arrestation, fourni des vivres à des prisonniers, détenus dans un hôpital voisin de leur lieu de résidence.

Du 30 octobre 1943 à fin janvier 1944, la mère et le fils seront retenus à Malang où des maisons recevaient, chacune, une demi-douzaine de familles. Ils furent ensuite expédiés à Solo, dans un ancien hôpital où étaient détenus quelque 4.000 femmes et enfants. Six mois plus tard, Léon de Kesel fut séparé de sa mère et transféré au camp de Ambarawa, où étaient parqués 4.000 vieillards malades et des garçons de moins de seize ans. Les jeunes avaient la tâche de s'occuper des mal-portants et des vieux. Léon de Kesel était le seul Belge parmi eux. Les déportés valides travaillaient le sol à la houe et plantaient des légumes, surtout du ricin, dont l'huile entrait dans l'alimentation des moteurs d'avion. Le dérangement intestinal guettait celui qui, harcelé par la faim, croquait des graines de ricin dont le produit, non raffiné, est toxique. Les plus âgés des jeunes gens étaient également employés à abattre des arbres et à en faire du bois de chauffage pour les cuisines.

UNE MÉPRISANTE INDIFFÉRENCE

Comme dans les camps de concentration européens, le régime alimentaire était famélique : le matin, un petit pain de soja; à midi, une portion de riz et une autre, le soir, assortie, parfois, d'un peu de viande. Dans les derniers mois de la détention, le pain était remplacé par une bouillie de manioc. Celle-ci était très salée. Pour favoriser sadiquement les oedèmes, se demande encore Léon de Kesel ?

Notre interlocuteur se dit persuadé que, dans des camps nippons, des déportés furent torturés durant des interrogatoires, décapités, crucifiés, noyés, tués à coups de baïonnette. Lui-même, toutefois, n'a pas été le témoin de pareilles atrocités. La faim, les coups, les humiliations furent son lot. Et, mis au travail à l'infirmerie, il assista à d'innombrables agonies, celles d'hommes épuisés par la maladie ou la famine et dont, d'avance, on prévoyait la fin. Dans les derniers mois de la guerre, une douzaine de cadavres étaient sortis, par jour, du camp de Ambarawa. Les vivants n'étaient pas autorisés à escorter les corps jusqu'à la tombe. Aucun prêtre n'était là pour la dernière bénédiction.

La cruauté des geôliers japonais doit être « appréciée » au regard de l'âge des victimes, de tout jeunes gens. Pour quelques noix de coco qu'en tirant à la catapulte, de jeunes prisonniers avaient arrachées à un arbre surplombant l'enceinte du camp, tous les adolescents furent disposés, sur un rang, face à leurs mères. Le gardien réclama l'aveu des coupables et les gifla. On vivait dans l'angoisse constante. On volait, on mentait. Nous étions profondément humiliés d'avoir à nous comporter de la sorte à promixité de notre mère qui, de son côté, ne pouvait rien pour nous, raconte Léon de Kesel. Une punition fréquente était d'avoir à tenir un bassin d'eau à bout de bras, durant des heures ou encore à se tenir accroupi, une tige de bambou passée dans lecreux des jambes, à hauteur des genoux. Pour sanction d'une bagarre, deux adolescents furent contraints de se gifler mutuellement. La mère de Léon de Kesel avait été, nous l'avons dit, éloignée de son fils et était retenue, sans que celui-ci le sût, dans un camp qui n'était éloigné que de 6 km. Ils se retrouvèrent le 28 août 1945. Le jeune homme apprit alors que son père était mort d'épuisement le 11 novembre 1944. Sa mère avait été informée du décès de son mari par le commandant du camp où elle était détenue. L'officier lui avait brutalement communiqué la funeste nouvelle, en manière, pense notre interlocuteur, de punition pour avoir chapardé quelques victuailles.

Les camps de femmes et d'enfants étaient situés sur le pourtour de l'île afin de décourager des entreprises alliées de débarquement. Il a été reproché aux Européens de ne pas s'être révoltés, de n'avoir pas, à tout le moins, organisé la résistance. Mais, remarque notre interlocuteur, il était difficile de pratiquer la guerre de l'ombre car un Européen se reconnaissait à la couleur de sa peau. En outre, les indigènes, longtemps traités en inférieurs par les colonisateurs, étaient, au début de l'occupation, favorables aux Japonais. Il se trouva d'ailleurs des Indonésiens, libérés des prisons par l'occupant, pour faire office de gardiens dans les camps dont la dureté variait selon la personnalité du commandant, le plus souvent un officier dont ses supérieurs étaient mécontents et qui dirigeait la chiourme en manière de châtiment.

UNE RANCUNE INTACTE

Léon de Kesel n'a pas pardonné à ses geôliers sa déportation et celle des siens. Il fut parmi les prisonniers politiques qui, en 1989, manifestèrent à Bruxelles contre la présence du roi Baudouin aux funérailles de Hiro Hito, un criminel de guerre, toujours en uniforme militaire et qui, le jour de Pearl Harbour, s'exclama : C'est le plus beau jour de ma vie.

Lorsque nous avons appris le bombardement de Hiroshima et de Nagasaki, nous avons été heureux, confesse-t-il. Certes, les photos du massacre, que nous avons vues plus tard, étaient horribles. Mais il n'y eut pas de photographe dans les camps de déportés. Il ne nous reste que quelquesclichés, pris, par lady Mountbatten. Je suis persuadé que, sans les bombes atomiques, je n'aurais pas revu la liberté.

Dans les rues des villes occupées, se lisaient des aphorismes chauvins tels : « Les Japonais sont nés des dieux ». C'était sans doute une réplique à des caricatures, répandues dans les écoles avant Pearl Harbour et qui montraient le soldat japonais myope, petit, armé d'un fusil démodé.

Selon notre interlocuteur, les Japonais qu'il connut en ce temps-là pratiquaient, par une éducation fortement disciplinée, un comportement raffiné à l'égard de leurs compatriotes. Devant un étranger, ils étaient désorientés et agressifs. Le seul sourire sur le visage d'un militaire japonais, dont Léon de Kesel ait conservé la mémoire, fut celui d'un officier devant « Beauty », le chat que le jeune homme avait adopté !

Les Japonais d'alors ne pouvaient admettre que des hommes aient capitulés. Les femmes étrangères avaient moins d'importance encore que les femmes japonaises. Sans doute est-ce par un tel environnement psychologique que s'expliquent les cruautés, l'indifférence hautaine, le mépris parfois dont les prisonniers européens furent les victimes. Parmi les Blancs, très rares furent les collaborateurs de l'occupant. L'empire japonais était un autre monde dans lequel les nazis tentèrent en vain d'introduire l'antisémitisme. Vaincre le Blanc suffisait au totalitarisme nippon.

Rentré au pays au début de 1946, Léon de Kesel, qui s'emploie actuellement, dans sa retraite nivelloise, à rédiger ses souvenirs, ne connaissait que des bribes de français. Sa mère et lui étaient si désargentés que, parvenus à la gare du Nord, à Bruxelles, il gagnèrent celle du Midi à pied, en poussant un charriot d'emprunt, porteur de leurs deux valises.

Malgré ses tristes réminiscences, Léon de Kesel entreprit des études d'agriculture coloniale avec le dessein de retourner en Indonésie où il avait passé une enfance heureuse; des contingences familiales l'en détournèrent. Il fut employé aux chèques postaux avant de devenir greffier à la cour d'Appel de Bruxelles. Il veille désormais avec vigilance sur la conservation de ses archives extrêmes-orientales.

MICHEL BAILLI

Un régime « consulaire », près de Shanghai

Jacques Van Cutsem avait 16 ans, en 1940. Depuis 1937, son père, Alphonse Van Cutsem, était consul général de Belgique à Shangaï. Après Pearl Harbour, la concession internationale fut occupée par les Japonais. La famille Van Cutsem fut internée, en octobre 1943, dans un camp à régime « consulaire », occupant les locaux d'une ancienne école d'agriculture, à Lunghwa, à une dizaine de kilomètres de Shanghai. Elle allait passer plus de sept cent cinquante jours derrière les barbelés, épreuve qui valut à ses membres le titre de prisonnier politique. Les gardiens étaient des fonctionnaires civils.

Son retour en Europe n'avait tenu qu'à un contretemps de santé, advenu à Mme Van Cutsem. Lorsqu'il lui fut à nouveau permis de voyager, des échanges de personnes, entre les Alliés et les Japonais, avaient cessé en raison des exigences croissantes de ceux-ci qui réclamaient dix des leurs contre un seul Européen. Les échanges étaient effectués dans un port du Mozambique. A Lunghwa, la famille disposait d'un local privé et fréquentait, comme les autres pensionnaires, la salle à manger, la cuisine et les dortoirs, l'un réservé aux hommes, l'autre aux femmes. Celles-ci étaient employées à l'épluchage des légumes. Jacques Van Cutsem s'activait aux fourneaux. Le consul général s'était improvisé cordonnier.

Le régime " consulaire " était doux au regard de celui qui était imposé dans les camps de concentration. Des quartiers de viande étaient régulièrement acheminés. Une vache et des chèvres fournissaient du lait encore que ce cheptel fût un peu trop maigre pour la satisfaction entière de quelque deux mille détenus. Mais les pénuries graves étaient exceptionnelles. Les internés tinrent pour une calamité une période de trois mois durant laquelle ils eurent à se nourrir trop uniformément de haricots rouges. Les colis de la Croix-Rouge n'étaient pas pillés par les gardiens et nombre de détenus avaient avec l'extérieur des contacts d'approvisionnement.

Les brutalités étaient rares, comme par exemple une gifle donnée par un gardien à une femme, restée assise au moment de l'appel. Mais cette méchanceté fut compensée par des fleurs, offertes par des enfants à la victime. Toutefois, la privation de liberté était lourde à supporter dans ce camp, cerné par des marécages.

Pour se distraire et soutenir leur moral, les détenus organisaient des représentations théâtrales et de music-hall. Ainsi les aventures de Blanche Neige et des sept nains furent-elles adaptées à la situation des captifs. Les gardiens assistaient aux représentations. L'un d'eux, très fantasque, rêvait de devenir préfet de Londres et s'initiait à la langue anglaise ! Les internés n'appartenaient pas qu'au monde diplomatique. Parmi eux, se trouvaient des employés — surtout des Anglais —des services publics, un pasteur, un policier, un ancien champion de boxe.

Dans le hall, des valves affichaient les nouvelles contrôlées par les Japonais et, aussi, des propositions d'échange de nourriture. Et des postes de radio clandestins offraient un lien avec les Alliés. En langage codé, ces captages informatifs étaient appelés : « Radio-Bambou.

M. Bir.

Supportable par comparaison avec Auschwitz

Louis Andriesse, de nationalité néerlandaise, est établi en Belgique, dans la région anversoise, depuis 1923. Nous avons recueilli le témoignage, moins sévère que celui de Léon de Kesel, de cet homme, d'origine juive, qui a fait carrière, comme son père, dans l'industrie margarinière et qui a séjourné plusieurs années dans des camps japonais en Indonésie. Certes, il y a souffert mais, nous précise-t-il, ce que j'ai vu et subi n'est rien à côté de ce qui fut infligé à ma sœur et à ses enfants, morts à Auschwitz. Après un essai infructueux de passage en Angleterre, Louis Andriesse parvint au Portugal et, de là, s'embarqua pour Batavia. Une cousine était employée au ministère de la Justice. Lui et son père trouvèrent du travail au service de la censure des devises.

Sous l'occupation japonaise, tous les Néerlandais ne furent pas arrêtés car des centaines de milliers de sang-mêlés avaient cette nationalité. Les déportations d'Européens s'effectuèrent par vagues. Il y eut beaucoup d'exemptions pour le personnel des transports, de la distribution d'électricité et d'autres services publics.

En juin 42, notre interlocuteur fut enfermé dans un ancien centre pour la formation de coolies. Il y fut enjoint aux Juifs de se séparer des autres internés. Ce fut la seule discrimination raciale observée par notre témoin durant toute la guerre. La nourriture était suffisante et chaque chambrée était équipée d'un poste de radio. Le régime se durcit avec les premiers revers des armées nipponnes.

Louis Andriesse fut interné ensuite à Bandoung où le climat, en altitude, était plus clément puis il fut enfermé dans une ancienne caserne de l'armée néerlandaise où il fut forcé de participer à des corvées extérieures pour la construction d'un chemin de fer. La nourriture était sommaire : un petit pain pour trois, le matin, un peu de riz à midi et des portions de tapioca. Dans les derniers mois, beaucoup de détenus moururent, atteints de l'oedème de la faim.

De temps à autre, un déporté était emmené pour être interrogé par la redoutée police politique, la kempetaï ». Notre interlocuteur n'a pas eu à cotoyer des « droits communs ». Ceux-ci étaient dans des prisons. Il nous raconte le supplice qui fut infligé à quelques I' Néerlandais qui s'étaient déguisés en femme pour faciliter leur évasion et qui furent repris. Des cuisiniers unirent leurs forces pour jeter les prisonniers en l'air. Ils les laissaient retomber sur le sol. Avant de se retirer, les Japonais auraient projeté de massacrer des détenus qui devaient être rassemblés dans un champ cerné de barbelés et de mitrailleuses. Toutefois, la tuerie n'eut pas lieu.

I La malchance prenait parfois des formes inattendues. Les Japonais avaient rassemblés les " anciens " de la garde territoriale néerlandaise qui furent expédiés à Singapour, par la voie maritime. Le bateau fut coulé par une unité américaine. Par contre, ce fut une chance pour notre interlocuteur et I ses compagnons d'avoir parmi eux un ancien attaché à l'ambassade néerlandaise de Tokyo. L'ex-diplomate parlait le japonais. Cette connaissance amadoua quelque peu les gardiens.

Notre témoin paraît avoir été impressionné, pêle-mêle, par des péripéties qui ne sont pas toutes liées au séjour dans des camps. Les Néerlandais, nous dit-il, craignaient beaucoup, pour leur cruauté, les unités coréennes, incorpées dans l'armée nipponne. La libération, d'autre part, n'a pas laissé que d'agréables réminiscences. Batavia fut délivrée non par des troupes américaines mais par des Gurkhas qui étaient aussi chapardeurs que les Japonais ! Quant aux Européens, extrémistes de droite, qui vivaient en Indonésie, le sort leur fut doublement contraire, rapporte Louis Andriesse. Lors de l'invasion allemande en Europe occidentale, en mai 40, ils furent internés par les autorités néerlandaises. Ils allaient être séquestrés à nouveau par les Japonais pour la raison qu'ils étaient des Blancs et des Néerlandais.

Notre témoin quitta Bandoung en décembre 45 à destination des Pays-Bas. Sur la longue route maritime du retour, les rescapés des Indes néerlandaises s'arrêtaient à Akaba où ils étaient accueillis et vêtus de neuf dans un camp britannique, par ailleurs occupé par des prisonniers italiens. Une parenthèse attristée se fermait. Notre interlocuteur refuse de la qualifier de cauchemar.

M. By

Le prix d'une conquête de la liberté

Dans l'attente d'une histoire complète de la Résistance et de la déportation, nous n'avons pu apporter ici que de trop rares et partiels témoignages. Afin de donner, espérons-nous, un aperçu de la diversité que les déportés parvinrent à introduire dans leur existence, par ailleurs marquée par une volonté ennemie d'uniformité de la persécution et de l'avilissement, nous avons recherché les manifestations d'affirmations individuelles, proches parfois de l'humour et qui étaient toujours des moyens d'entrenir le courage et la résistance morale.

De nos recherches, nous conservons le sentiment d'un kaléidoscope bien incomplet, jalonné d'impressions fulgurantes qui ne furent peut-être pas celles qu'ont retenues, voici vingt-cinq ans, les analystes de l'histoire des camps, comme elles différeront de celles que laisseront les études dans un demi-siècle.

LE CADAVRE « RIEUR »

Comment oublier les récits de l'abbé Edouard Froidure, longuement interviewé par Jo Gérard ?

La fouille des vêtements, en plein air, à Esterwegen, par —17 °C, de prisonniers entièrement nus; la rencontre inopinée, dans un enclos disciplinaire, à Dachau, avec deux enfants de 12 et 13 ans, voleurs de poules; le fou rire dont il fut secoué, dans le même camp, à la vue d'un cadavre « rieur — les rats lui avaient rongé les lèvres; son affrontement singulier avec un SS. Et encore, la vision presque incroyable qui s'offrit aux prisonniers lors de l'arrivée à Dachau des premiers soldats américains. Des déportés encore valides s'emparèrent des fusils de ceux-ci et donnèrent la chasse aux gardiens, qu'ils massacrèrent. Les détenus furent alors les acteurs et les spectateurs de plus qu'une vengeance : un renversement, un anéantissement du monde infernal où ils avaient été jetés. Des SS se jetaient à genoux et suppliaient que la vie leur soit laissée.

Dans les camps, les révoltes proprement dites furent rares. Mentionnons celle de 400 détenus soviétiques, à Mauthausen, dans la nuit du 2 au 3 février 1945. Les insurgés tuèrent les gardiens, revêtirent leurs uniformes et se lancèrent à l'assaut des miradors. Quatorze seulement ne seront pas repris.

LA BRIGADE « LIBERTÉ »

Le camp de Loibl-Pass, un « kommando » de Mauthausen, mériterait un long récit. Situé pour partie en Autriche et pour partie en Yougoslavie, il fut harcelé par des partisans yougoslaves. Les évasions y furent nombreuses. Lors de l'évacuation, les SS furent maîtrisés, et 107 déportés français formèrent la brigade « Liberté », qui se joignit aux partisans.

Mériteraient aussi d'abondantes informations d'autres camps, tel Bergen-Belsen, près de Hambourg, où, le 14 avril 1945, les troupes anglaises trouvèrent 13.000 cadavres. Douze mille rescapés moururent dans le mois qui suivit leur libération. Flossen-burg, près de la frontière tchécoslovaque, était un camp d'extermination. Des Résistantes françaises y furent exécutées, de même que des conjurés de l'attentat, en août 1944, contre Hitler, parmi lesquels l'amiral Canaris.

Au camp d'Oranienburg-Sachsenhausen, au nord de Berlin, où était établie une sorte de centrale régulatrice des autres camps, 22.000 soldats soviétiques furent exécutés, nous apprend la revue « Historia ». Par ailleurs, y furent fabriquées les fausses livres sterling destinées à conduire au chaos l'économie britannique.

Il y eut encore des prisonniers politiques au célèbre camp d'internement de Miranda, en Espagne. Moins cruel que les camps allemands, il fut lui aussi un creuset de désespoir.

Tout au long de la guerre, des hommes et des femmes auront mené des combats où leurs chances de succès, voire de survie, étaient minces. Déraisonnables aux yeux des prudents, ils crurent que ce prix n'était pas indigne d'une conquête de la liberté, de la liberté de bien faire pour tout le monde sans avoir à prendre les risques qu'ils avaient, pour leur part, superbement choisi d'assumer.

M. By

FIN

Le Soir
du sam. 12 et dim. 13 août 1995

L. DE KESEL (Nivelles - Belgique)

Et toutes les atrocités perpétrées par les Japonais ?

(...) On nous montre à profusion des images des victimes des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki. Certes, tous ces civils brûlés par les radiations... c'est horrible. Mais on n'a presque jamais montré les centaines de milliers de squelettes ambulants que nous étions dans les camps de concentration japonais. On n'a pas montré ces enfants séparés de leurs parents, mourants de faim, tombant dans un état d'inanition totale dans leurs déjections. (...)

On n'a pas montré des prisonniers battus, torturés, noyés, enterrés vivants,- crucifiés, pendus, décapités, achevés à la baïonnette... On ignore ce que « des millions » de non-Japonais ont subi pendant quatre ans sous la botte de la clique de Hiro-Hito. (...)

Toutes ces atrocités sont ignorées par la plupart d'entre nous. Cela avait lieu tellement loin et puis il y avait la guerre ici en Europe. (...)

PATRICK LECLERCQ (Court-Saint-Etienne - Belgique)

La libération des camps de concentration japonais:

Fin mai 1945, tous les camps de concentration, où étaient incarcérés des Belges, n'étaient pas libérés. En effet, les camps de concentration japonais n'ont été libérés, qu'après la capitulation des Japonais obtenue, " si l'on peut dire, grâce à l'usage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki.

Tel fut le sort de mes parents, mes frères et ma soeur au camp de Lungwha à proximité de Changhaï. La précipitation de la capitulation a permis d'écourter leur détention.

L'alternative au choix de la bombe atomique, c'est-à-dire la poursuite du conflit au sol, transformait ces prisonniers politiques en otages privilégiés. Si je rappelle ces faits, c'est avant tout pour questionner les personnes qui étudient les archives nationales de cette époque, qui sont maintenant accessibles. Je souhaiterais avoir une réponse à cette question : pourquoi le gouvernement belge en exil à Londres a-t-il, à l'encontre des avis des conseillers sur place (vu les nombreux capitaux belges en Chine), déclaré la guerre au Japon avec comme répercussion immédiate de jeter les ressortissants belges dans les camps de concentration japonais?

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